Le faux marabout Amadou Guèye Samba «ruine» sa cousine Madeleine Nabil Mbengue

Pour tromper Madeleine Nabil Mbengue, Amadou Guèye Samba s’est fait passer pour le vieux Papa Bayo Faye, marabout établi à Diouloulou, lequel avait soigné la mère de la victime, qui avait fini par décéder. Le faut marabout a continué, après les funérailles, à toujours escroquer Madeleine, prétendant chasser un malheur qui allait s’abattre sur sa famille. Se rendant compte de la duperie, la dame saisit la justice pour se faire rembourser. Condamné en première instance à 3 mois de prison ferme en août 2016, le prévenu Amadou G. Samba a comparu hier devant la Cour d’appel de Dakar.
Onze millions de francs Cfa, telle est la somme qu’Amadou Guèye Samba a extorquée à Madeleine Nabil Mbengue, en se faisant passer pour un marabout du nom de Vieux Pape Bayo Faye, vivant à Ziguinchor, plus précisément à Diouloulou. Au départ, Amadou suggéra à Madeleine de faire des prières au profit de sa mère malade à cette époque.

Confrontée aux réalités de la société sénégalaise, raconte la plaignante, elle accepte puis commença les offrandes que le marabout lui dictait. Malheureusement, la mère de la victime finit par décéder, laissant une fortune à ses enfants. Ce qui donna à Amadou G. Samba l’idée de son entreprise délictuelle.

Il continua toujours à réclamer de l’argent à Madeleine N. Mbengue, prétextant que le marabout devait chasser le mauvais sort qui s’est abattu sur elle, ses enfants et sa famille. Se rendant compte finalement de l’escroquerie, elle somme Amadou de lui rembourser tout son argent et devant le refus de celui-ci, elle saisit la police de Dieuppeul. Arrêté et inculpé pour le délit d’escroquerie, Amadou sera jugé une première fois au tribunal de grande instance de Dakar, le 23 août 2016 et condamné à 3 mois de prison ferme. Malgré tout ceci, la dame Madeleine ne lâche pas prise et revint, 7 mois après, devant la Cour d’appel pour un second procès.

Niant toujours l’infraction d’escroquerie, Amadou G. Samba réitère l’existence du marabout à la barre. «Je l’ai mise en rapport avec un marabout qui vivait à Diouloulou, que je connaissais à l’époque où j’étais joueur. Je l’ai fait car sa maman était malade et elle a accepté. Elle et vieux Pape Bayo Faye se parlaient au téléphone. Il lui ordonnait des sacrifices et offrandes et elle les faisait. Et quant aux 2,5 millions qu’elle m’avait remis, je les ai envoyés au marabout par le biais d’un ami fonctionnaire Ardo. J’ai su le contenu de l’enveloppe le jour de mon arrestation. Toutes les sommes qu’elle a eu à me remettre, je les ai envoyées», dit-il.

Poursuivant dans ses dénégations, il déclare : «Je ne peux pas payer l’argent que je n’ai pas pris. C’est pour cela qu’à ma sortie de prison, j’ai suis allé chercher le marabout à Ziguinchor, mais je ne connaissait pas le quartier où il habitait et on m’a dit qu’il était décédé. A chaque fois, le marabout Pape Bayo Faye appelait pour lui confirmer qu’il avait effectivement reçu les sommes d’argent», ajoute-t-il.

Racontant le début de sa mésaventure avec Amadou G. Samba, le soi-disant marabout, Madeleine Mbengue affirme. «J’ai accepté les services du marabout qu’Amadou et son père m’ont proposé. J’ai fait toutes les offrandes qu’il m’avait dictées, en donnant à Amadou 1 million, puis 3 millions, au début. Quelques temps après le décès de ma mère, le soir même de la réception du chèque de 11 millions de mon héritage, il me contacte, prétextant avoir vu un mauvais sort qui va s’abattre sur la famille, pour que je lui donne davantage d’argent. Et cela ne cessait, c’est comme si j’étais sous l’emprise de quelque chose», confie-t-elle, précisant que cette histoire l’a ruinée.

«Je me suis rendue compte le jour où il était venu me présenter ses condoléances. Il s’est trompé de numéro composant le mien, j’ai décroché croyant que c’était son père, car c’est le portable de celui-ci qu’il a utilisé. C’est là que j’ai su en réalité qu’il était le faux marabout. Je l’appelle par la suite, je tombe sur la boîte vocale. Et quand je communiquais avec le marabout, le numéro était toujours masqué. Lui réclamant mon argent, il m’a rabrouée, me faisant croire qu’il l’a donné au marabout. Il m’a complètement ruiné et je n’ai plus rien. Je réclame les 8 millions qu’il me doit».

Contestant toutes les accusations portées contre Amadou, la défense atteste que Madeleine N. Mbengue était en possession de ses facultés mentales. Le conseil du prévenu ajoute que les enquêteurs n’ont pas requis le numéro du téléphone de ce marabout pour confirmer son existence. Il demande la relaxe au bénéfice du doute sans peine ni dépens et de débouter la partie civile.

Convaincu de l’escroquerie, le procureur sollicite la confirmation du jugement rendu et retient le prévenu Amadou G. Samba dans les liens de la prévention. Car, selon lui, les faits sont caractérisés par l’usage de faux nom, d’une fausse qualité et de manœuvres frauduleuses. Quant à Me Ibrahima Mbengue, l’avocat de la partie civile, il affirme que le sieur Amadou insistait toujours pour recevoir de l’argent au moment où il a su que sa cliente a perçu son héritage. Il est aussi dans l’impossibilité de prouver la mort du marabout. De ce fait, il demande aussi la confirmation de la décision rendue, vu que Madeleine est ruinée. Amadou sera fixé sur son sort le 22 mars prochain.
Fatou Diouf (Stagiaire)

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